Marcher.

Marcher tout à pied, arpenter son quartier, sa ville. Aller d’une rive à l’autre et tracer son chemin. En ces temps de covid, cette habitude prise de temps en temps est devenue une pratique quotidienne : 6 kil durant les jours de télétravail et 14 kilomètres en moyenne les jours « off ».

Quel bien être pour la tête, que d’avoir le portable bien calé dans son sac et ses jambes et ses sens à l’écoute. Cela a demandé quelques adaptations au niveau des chaussures, les talons pour le moment sont restés dans l’armoire. Pas trop basket mais une paire de semelle fut fort appréciée lorsque le clou du talon ressortait dans la chaussure. Un sac à dos, vu l’étendu des expéditions qui souvent comprennent à boire et à manger, une couverture, lecture, musique et tout le kit covid-19 ..

C’est fou comme ma ville est riche en parcs et espaces verts. Je ne sais pas si ce sont les Verts qui sont entrés en force au conseil en ce début d’année ou l’arrêt des parcs et jardins et des horticulteurs qui ratiboisent un peu par ci, par là, mais c’est la jungle!!! Et c’est fort apprécié!! Faites que ça reste ainsi.

Découvrir chaque jours de nouveaux chemins entre la ville et chez soi, de nouveaux coins de balade près de la casa. Tout ceci ouvre des perspectives autres, se localiser, se régionaliser un peu plus. Découvrir la campagne à deux pas de chez soi.

Relâcher tout le stress, quitter le travail, suer, sentir le vent, humer la saison, le temps qu’il fait, sentir les essences des arbres et l’essence d’une Vespette avec un papy dessus. Sentir ses cuisses, son corps se rythmer au gré des marches et des escalades. Entendre des toux. Même si cela semble moins effrayant, est-ce l’habitude qui a pris le dessus ou les éternuements des allergiques au graminées qui rassurent, car ça c’est de saison?

Les oiseaux toujours chantant à tue tête. Ce ciel vidé de ses avions et les cris hystéros des ados dans les parcs, qui ont retrouvé un semblant de liberté et leur tribu.

Oublier un instant le contexte qui nous a mené à cette situation, être bien et tout soudain se rappeler honteux, que cette situation inédite est également dramatique, et on s’en veut d’être bien, d’être privilégiés.

Marcher, faire des pauses au bord de l’eau, sous un bois, près d’un étang, dans un grand parc. Respirer. Se rafraîchir et contempler ce moment volé avec soi. Retenir sa respiration lorsqu’un jogger improvisé crache ses poumons tous pores ouverts, goutelettes et autres vaporisations de son corps. Regarder son phone, écouter une conversation, observer quelqu’un. Quelle simplicité, et pourtant, elle réside là ma thérapie actuelle, mon remède et ma force aussi.

Envie de ne rien changer, d’ici quelques mois si tout va bien et que le coro sera derrière nous, envie de braver vents et marées et en rester à cette discipline ou à cette façon qui est mienne de visiter ou de « consommer » ma ville.